DOEL VILLE FANTOME PARTIE 2

Ravis, nous voilà garés devant chez lui, une des maisons à la sortie du village, et prêts à se faire offrir un café.

Le gars, assez volubile, nous fait rentrer par l’arrière, nous découvrons un joli terrain bien aménagé, une véranda magnifique, une énorme maison ni taggée, ni fracassée……

D’ailleurs, JAK a dû sentir les good vibes de l’arbre car il s’y est installé direct

On s’installe tous dans la véranda, Malie, pas très fière, qui se demande bien pourquoi un inconnu nous invite à boire un coup chez lui.

Autant elle trouve naturel de passer des ptits dej dehors, pendant 3 heures avec des inconnus vivant en camion, autant elle a du mal à comprendre qu’ un sédentaire  nous ouvre sa porte…… Elle nous demande même comment on va réagir si c’est un psychopathe……

Perso, mes antennes me disent qu’on va passer un moment spécial et ça a vraiment été le cas !

Steven (on a su son prénom en se quittant, par sa carte) est un humain hors du temps, un artiste, un vrai, une jolie personne, sensible, ouvert, ailleurs clairement, il ne vit pas sur une seule planète !

On est entrés en vive discussion de suite, d’où « l’oubli » des présentations classiques, on a juste passé plusieurs heures à parler de tout, sans savoir comment on se nomme….Et ça n’a manqué à personne à priori 😉

Pendant nos 3  ou 4 cafés, nous avons appris que cet être à part, Belge coté flamand, est arrivé à DOEL par hasard.

Il faut savoir qu’en Belgique, il existe des entreprises « anti crak » comme il dit, c’est-à-dire qu’elles louent des batiments, maisons qui, pour raisons diverses, sont vides. Ceci pour éviter les squats et dégradations des lieux.

Steven a beaucoup voyagé dans sa vie, il a beaucoup travaillé, théatre, spectacles de feu, il a gagné pas mal d’argent mais tend, depuis quelques années, à retrouver sa liberté, à faire ce dont il a envie et à pouvoir méditer sur l’eau le plus souvent possible.

Du coup, après une première location du même genre dans un ancien bâtiment de police, pas hyper fun pour l’expression artistique, il a trouvé DOEL .

La propriétaire, une de ces résistantes, qui vivait ici, a finit par vouloir quitter les lieux, fatiguée de se battre sans cesse. Et oui, c’est pas parce qu’ils sont restés dans leurs maisons que tout est rose bien sûr.

Mais au passage, elle lui a laissé deux jolis créations personnelles, qui me laissent à penser qu’il faut tout de même avoir une âme artistique pour vivre là!

Et voilà Steven, habitant la ville fantôme depuis quelques mois pour un loyer dérisoire! Nous qui nous demandions ce que ça pouvait engendrer de vivre ici, on va le savoir !    

Il nous raconte une solitude intense, qui permet en même temps toute liberté de création artistique, qui permet de se connaitre soi-même, de se poser dans un calme absolu mais aussi une solitude subie, tellement forte que parfois elle en est étouffante et c’est dans ses moments là qu’il sort fumer sa clope dans la rue et que les JAMAMIA arrivent 😉

Il possède aussi une vrai sérenité, mise à rude épreuve je trouve par l’incertitude de durée du logement.

Et oui, à DOEL il y a encore beaucoup de discussions autour de la destruction totale et des docks prévus, du coup il ne sait pas combien de temps il va pouvoir rester…. 3 ans ? jusqu’en 2030 ? cela va dépendre de ce qui sera voté en fin d’année.  Bon 3ans, pour lui ca fait loin déjà, mais je pense que tu as ça dans un coin de ta tête quand même et j’imagine que ça peut bloquer certaines choses dans ta vie ! Même s’il n’est pas un vrai sédentaire, même s’il s’organise pour être installé au mieux, mais toujours en tête de ne pas trop amasser si jamais il lui fallait partir, car il serait alors à nouveau en recherche d’un toit.    

Il ne regrette pas son choix cependant, on l’a senti très serein, équilibré et cette rencontre fut vraiment un moment d’écoute des deux cotés, chacun ayant envie de partager son histoire.

Il s’exprime dans un français presque parfait, à peine teinté de quelques mots en anglais, grâce à un ami parisien qui l’a initié à notre langue.

Ca va tellement vite dans sa tête, il a tellement de choses à dire que ses phrases finissent par des poupoupidou poupoupidou, à peine chantonnés, ou autre blablablablabla mais de façon tellement récurrente que Malie rit à quasi chaque fin de phrase, ce qui occasionne sur le visage de  Steven, un doux sourire à chaque fois. Il donne tout à tout moment de la vie, alors j’imagine sur scène, ça doit être grandiose.

On fait le tour du jardin, on se rencarde mutuellement sur les plantes présentes sur place, et lorsque Malie demande à quoi sert le « truc » au fond du jardin, Steven lui répond que c’est la maison des lutins. Malie se marre et lui demande plusieurs fois : non mais sérieux, ça sert à quoi ?

Il n’a jamais démordu de son histoire, et Malie a finit par entendre que c’était LA réalité de Steven, qu’ici c’était réellement la maison des lutins qui vivent sous la butte.

Bon ok elle est restée dubitative un moment, Malie sait être une rêveuse mais elle n’est pas encore habituée à rencontrer des adultes qui rêvent, les vrais, enfin pas ceux dans les maisons en tous cas….

Il nous montre ses créations, entre autre son bateau en polystyrène, qu’il est en train de fabriquer, le projet est encore en cours dans sa tête, mais il y a du grillage qui sert fermer les maisons dégradées au village, une aile de voiture qui devrait servir à l’avant du bateau, la seule chose dont il soit certain c’est qu’il ira méditer dessus ! La suite viendra au fur et à mesure de l’inspiration et des éléments nouveaux qu’il trouvera !

Et l’eau fait partie d’un de ces spectacles d’ailleurs:

 

Je vois aussi une sculpture rouillée, l’impression que ce sont des  ombres d’animaux  mais il m’emmène voir la base. En fait c’est parti d’un projet pour du théatre avec des enfants, il a découpé une forme humaine dans de la tôle et une des chutes à été posée là, dans le terrain et elle prend un tout autre sens vu qu’à la base c’est le contour de l’humain découpé….

Il travaille tout au chalumeau, un boulot de dingue…

  Au bout de ¾ cafés il nous propose de diner ensemble. On fait le point et nos victuailles rassemblées vont donner un vrai repas européen, franco-belge.

Nous voilà en préparation de repas ensemble, et nous découvrons le barbecue du jour…Une première, je n’avais encore jamais fait de barbecue dans une….. brouette…. Mais plus rien n’est étonnant ici en fait, on est complètement déconnectés, dans ce silence étonnant de village « mort »l’impression d’être seuls au monde.

Malie et moi préparons l’entrée, tomates mozzarela basilic, ainsi qu’une mayonnaise maison et  Steven prépare un chou fleur d’après une recette de sa maman, et des asperges pendant que Manu s’occupe du barbecue et cuit nos merguez ainsi que le jambonneau de Steven (jamais encore mangé de jambonneau au barbecue….)

En tous cas, son chou fleur est juste à tomber, merci maman de Steven !!!!!!! une sauce particulière et le tronc du chou-fleur, que nous jetons, est cuit et possède un délicieux gout d’artichaut .

Ses asperges cuites à point et le jambonneau…mamamiaaaaaaaaaa….. Merci mon cuisto du jour !

Steven a joué le jeu en prenant la salade à part mais il nous explique qu’il trouve bizarre notre façon de manger.

Chez eux ils mangent 3 choses en même temps, viande légume et salade dans la même assiette, il trouve étrange que nous mangions la salade après, avec le fromage.

On s’est tous sérieusement régalés, c’était juste délicieux pour tous !

Quelques bons plans de sa part pour un spot sympa en frontière Pays-Bas, des festivals proches et on se dit au revoir devant le camping-car.

Trois bises ( à la belge) des grands coucous pour finir, et nous voilà repartis à rouler pour la nuit.

Une rencontre étonnante qui fera partie de notre voyage, clairement, un de ces moments tellement évidents, tellement plein de douceur, de simple échange, sans attente aucune sinon le partage !

C’est pour ces moments là que nous avons décidé de prendre la route, c’est pour ces instants magiques que  nous avons changé de vie, c’est afin de nous sentir vivants, libres, et afin de pouvoir rencontrer pleins de Steven, qui nous laissent une douce impression de ne plus être si différents que ça, d’avoir en effet le droit d’être juste nous-même.

D’ailleurs, Malie a très vite été conquise aussi, puisqu’à peine arrivée, elle s’est installée avec son carnet de dessins.

Steven, sa maison, ses paroles rigolotes, tout ça l’a bien inspirée, puisque ce dessin, qu’elle lui a offert en partant, s’est dessiné quasiment tout seul en écoutant notre hôte parler et maintenant, il trône sur sa cheminée !!!!!!

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